Le métier de magicien

La magie ce n’est pas forcément être comme Merlin l’enchanteur et jeter des sorts. Le métier de prestidigitateur repose avant tout sur une certaine dextérité et sur des « trucs ». La vision qu’ont les gens de ce métier a beaucoup évoluée au fil des siècles, beaucoup plus que le métier lui-même, leur statut de magicien est passé d’une personne diabolique condamnée au bûcher à celui d’une personne respectée. Je vais décrire maintenant les différentes facettes de ce métier.

I Le métier d’hier

Ce métier a beaucoup évolué. Au XVII° siècle, on brûlait toujours les magiciens, les sorciers, invoquant l’hérésie. Le « pouvoir » des magiciens effrayait, et pour reprendre les mots de Giono : « la peur tue ». En 1628, un certain Desbordes, valet du Duc de Lorraine, accusé de magie pour ses tours extraordinaires, avait été condamné au feu.

Au XVIII° siècle, la magie a commencé à être considérée comme un métier enlevant tout côté satanique. Elle était déjà riche et variée : illusions d’optique diverses, tours de mentalisme et de mathématiques, effets d’adresse, grandes illusions, anneaux et cordes...

Mais c’est surtout au XX° siècle que la magie a pu être appelée « art ». La télévision a joué un rôle important dans l’acceptation de ce métier. En 1936, il y avait déjà une émission journalière à 16 heures où un magicien intervenait. A partir des années 1950, elles n’ont cessé de se multiplier et nombreux ont été les magiciens invités (« Y a un truc » dans les années 1970, « Restez donc avec nous le Samedi » en 1976, « Abracadabra » en 1977).

Lorsque les écoles de magie n’existaient pas, les magiciens étaient des autodidactes. Ils étaient également « créateurs » et inventaient constamment de nouveaux tours pour satisfaire un public toujours plus exigeant. Ils devaient donc être créatifs, savoir s’imposer et intéresser un public divers, sous peine de devoir changer de métier pour pouvoir vivre.

Quelques siècles auparavant, on ne pouvait pas parler de conditions de travail. Si l’on s’en tient au XX° siècle, les conditions de travail n’ont que peu évoluées. Les spectacles dans les salles existaient déjà, mais ce que l’on nommait la « magie de rue » était privilégiée, tout comme au XIX° siècle : les artistes se produisaient dans la rue, devant des spectateurs imprévus et curieux. Ils devaient donc s’adapter à un public d’âge et de condition sociale différente, faire face aux intempéries et aux concurrents.

En ce qui concerne le salaire, la plupart des artistes de rues étaient payés selon le bon vouloir des passants. Quant aux spectacles de « salle » ou de « télévision », dans les années 1940 le prix était environ de cent francs pour un spectacle d’une heure. De nos jours, pour les spectacles de salle, les prix peuvent varier d’une centaine d’euros pour une heure à plusieurs milliers d’euros.

II Le métier aujourd’hui

Le métier est beaucoup moins « dangereux ». Le métier est respecté et apprécié. Le magicien est celui qui parvient pendant un moment à faire rêver les gens.

II 1) La Télévision et la magie

Le nombre d’émissions de variétés où l’on fait appel aux illusionnistes est allé grandissant (« Carnaval », « Sébastien, c’est fou », « Stars 90 », « la Classe », « Studio Gabriel », « Coucou c’est nous »...). Certains magiciens sont devenus célèbres, aussi connus qu’un homme politique ou qu’un artiste de cinéma : David Copperfield, Siegfried et Roy, Sylvain Mirouf, Dani Lary, Gérard Majax, José Garcimore.

La généralisation de la possession d’une télévision a donc eu de bons côtés. Cela a permis de promouvoir un art et de le faire apprécier du grand public, de distraire certaines personnes et enfin de former des vocations. Mais si la télévision est utilisée à mauvais escient, elle peut devenir dangereuse : dernièrement, une émission télévisée de « l’homme masqué » a été diffusée dans certains pays européens. Dans cette émission, les trucages de nombreux tours étaient dévoilés, brisant ainsi le rêve et la magie de l’illusion.

II 2) L’Apprentissage de la Magie

En France, la première école de magie a été créée par Luc Parson (ci-contre) en 1980 (à Grenoble), et d’autres ont suivi. Ces écoles permettent aux jeunes d’apprendre les principes de bases du métier et de faire leurs premiers pas en public lors de spectacles de fin d’années.

De nombreux magiciens restent cependant autodidactes. Il n’y a pas d’âge pour commencer à apprendre la magie. On peut toutefois regretter que ce métier soit exclusivement masculin. Quelques femmes seulement réussissent à se faire une réputation dans ce métier, et ces cas se passent surtout à l’étranger. Les écoles de magie sont ouvertes aux filles qui font de la magie pendant quelques années avant de se tourner vers un métier qui leur est plus approprié.

II 3) Professionnels et amateurs : des clubs identiques

On peut dire qu’il y a en France deux catégories de magiciens : les professionnels et les amateurs. Cette distinction n’est pas faite par rapport au niveau du magicien mais en fonction de son mode de vie : les professionnels ne vivent que de ce métier, ce qui n’est pas le cas des amateurs qui ont un métier stable en parallèle. En France, on dénombre peu de professionnels : une centaine seulement. Le centre géographique est Paris, mais le métier d’un professionnel exige des déplacements constants (galas, congrès...), ce qui ne va pas forcément de pair avec une vie de famille stable. Il faut donc faire des choix. Les motivations actuelles sont donc plus axées sur des goûts personnels que sur des goûts financiers, peu de magiciens vivent seulement de ce métier. De plus, c’est un métier qui nécessite beaucoup d’entraînements de la part des magiciens pour qu’ils puissent garder leur dextérité et ne pas oublier leurs tours.

Chaque région possède un centre de regroupement, un Club de magiciens, où les prestidigitateurs peuvent se réunir une fois par mois, échanger leurs idées, leurs découvertes, leurs contrats et leur amitié. La compétition étant très dure dans ce métier, il faut donc faire attention à ce que cette « amitié » ne soit pas simplement de l’hypocrisie...

Un Club national regroupant tous les magiciens est centré à Paris ; il s’agit de l’A.F.A.P. (Association Française des Artistes Prestidigitateurs). Il édite tous les mois une revue qui permet aux magiciens d’être tenus au courant des différentes manifestations, d’apprendre des tours nouveaux... Il existe un club à Grenoble, le C.R.H.G. (Club Robert Houdin de Grenoble), en hommage au célèbre magicien Robert Houdin.

II 4) Les attentes du magicien

Les attentes des magiciens sont simples : se trouver face à un public qui « joue le jeu » et ainsi lui faire passer un agréable moment. La réalité peut parfois être bien différente. Il peut y avoir des « perturbateurs » venus là avec la seule intention de saboter le spectacle ou des gens venus seulement pour recevoir le cadeau du Père Noël, faisant ainsi peu de cas du spectacle. C’est une situation délicate où les deux partis sont insatisfaits.

La théorie diffère beaucoup de la pratique : faire un tour chez soi est beaucoup plus simple que devant un public et nombreux sont ceux qui ont arrêté la scène par peur insurmontable du public. La deuxième grosse difficulté actuelle du métier est d’arriver à se diversifier, car le public est de plus en plus exigeant : de magiciens, les artistes doivent devenir également sculpteurs de ballons, animateurs... La diversification est nécessaire.

Actuellement, les salaires varient d’un magicien à l’autre, varient aussi suivant la durée de la prestation... On peut dire qu’en moyenne, il faut compter 200 à 300 euros pour un spectacle d’une heure. Il n’y a pas d’échelons à gravir ni d’augmentation en fonction de l’ancienneté : chaque magicien est libre de fixer lui-même ses prix. Cependant, les primes de concours peuvent leur permettre d’augmenter leurs tarifs.

Ce métier artistique est très intéressant pour tous les passionnés de magie mais il reste cependant très aléatoire : aucune organisation concrète n’existe pour garantir un minimum de contrats par mois. C’est ce côté hasardeux qui fait qu’il y a peu de professionnels et au contraire, beaucoup d’amateurs qui profitent de ce hobby pour arrondir leurs fins de mois.

III) Les différentes sortes de magie et le métier de demain

III 1) Les différentes catégories de magie

Il existe plusieurs catégories de magie :

  • La magie de close-up (également appelée magie de table ou micromagie) : Spécialisée dans les petits tours (cartes, pièces), elle se fait généralement pendant les repas, le magicien faisant quelques tours à chaque table. C’est un cas délicat puisqu’il peut intervenir au milieu d’une conversation ou autre et être plus ou moins mal reçu.
  • La magie de cabaret : la mise en scène et la manière de présenter le tour, l’originalité, compte plus que le tour lui-même. Le spectacle est assez court : une dizaine de minutes. Le magicien doit donc tout de suite capter l’attention du public et « faire ses preuves ».
  • La magie générale : magie plus visuelle, plus colorée, faisant intervenir des animaux, c’est la plus appréciée des enfants.

Les magiciens se spécialisent selon leurs goûts ou leurs objectifs professionnels (faire du grand spectacle, arrondir leurs fins de mois...), mais aussi selon leurs aptitudes. En effet, tout le monde n’est pas capable de réaliser un tour de mentalisme ou un tour de manipulation. Pour élire le meilleur magicien au monde, il faudrait trouver quelqu’un capable de réaliser toutes les magies, ce qui est presque impossible.

III 2) L’avenir du métier

Même les magiciens ne peuvent pas prédire à quoi ressemblera leur métier demain !

Il peut y avoir une prédominance de deux types de public. L’un qui voudrait de plus en plus de sensationnel, d’où le développement de ce que l’on appelle « méga-illusions », et qui, pour des raisons de prix et de place, ne peuvent être faites que par un nombre restreint de magiciens. Un autre qui resterait plus simple, privilégiant close-up ou petits spectacles. Dans tous les cas, il faudra sans cesse renouveler le genre pour continuer d’étonner un public de plus en plus blasé par les prouesses qu’il voit à la télévision.

En conclusion, on peut dire que ce métier est un métier difficile où il faut sans cesse se renouveler. S’il est possible de tricher, l’incompétence est difficilement dissimulable... La vraie magie n’existe pas mais les magiciens font toujours rêver les gens, espérons qu’ils continueront longtemps à nous emmener dans des univers merveilleux...

Sources :